Ce matin, j’ai été surprise d’échapper à une déception courue d’avance.
Je suis ultrasensible ; je sais, grâce aux travaux d’Elaine Aron, chercheuse américaine en psychologie, que je ne fais pas exprès de vivre intensément. Mes Joies sont intenses, mes Déceptions l’étaient aussi.
Ici, vous allez découvrir les dessous de mes pirouettes anti-déception.
Comment l’amertume ou la colère auraient pu me terrasser… et comment quelque chose en moi s’est réorganisé, avec un amusement inattendu.
Alors, découvrez mon histoire du jour : vous repartirez avec des pistes à déguster à volonté.
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L’histoire débute ici par celle d’une jolie joie partagée.
Une amie que j’aime beaucoup écrivait un livre sur ce qui a déclenché le métier de thérapeute chez plusieurs personnes. Et je suis l’une des thérapeutes interrogées. J’adore.
La petite Catherine qui lève le bras haut pour répondre en classe n’est jamais très loin.
Alors, être interviewée pour un livre, vous pensez, quel bonheur !
L’histoire d’une joie à multiples facettes
Plusieurs Joies frétillaient ce matin-là.
La joie pour deux mamans entrepreneures, heureuses de se retrouver après plusieurs mois sans s’être vues.
La joie de replonger dans ce projet qui nous tient tant à cœur :
– d’écrire pour elle
– et d’être interviewée pour moi.
Nous avions rendez-vous à dix heures chez moi.
Neuf heures zéro deux : coup de fil d’Angélique.
Moi, je ne réponds pas, je suis en séance de sophrologie. Je verrai ses messages à neuf heures trente.
Neuf heures zéro trois : message.
« Coucou Catsou, j’ai une mauvaise nouvelle, j’ai perdu le fichier dans lequel j’écrivais. »
En lisant ce message, mon cœur se serre.
Suite du message : « Cela fait 45 minutes que je le cherche. »
Là, ça lâche en moi : comme une pression, comme une tension physique qui s’efface.
En même temps, j’ai compris : c’est perdu.
Message suivant : « Je crois que je l’ai détruit en croyant l’avoir transféré sur un disque dur. »
En moi, une colère monte.
Pas du tout contre Angélique ! Mais contre Apple.
Peut-être une colère injustifiée. Mais ça change de décor en moi.
Ce qui remonte, c’est notre disque dur effacé, avec toutes les photos de nos petits — photos perdues en 2010 — ce qu’Apple a détruit en crachant notre disque dur formaté pour PC.
Vieille colère, qui chez moi rejoint la colère de ceux qui excluent au lieu d’inclure, comme Apple qui exclut tout ce qui n’est pas Apple.
Ça s’enchaîne en moi avec cette pensée : le Front National fait ça, exclure au lieu d’inclure. Effacer leur plairait sans doute bien. Alors je me dis que Netanyahou, lui, ne se gêne pas : il efface la Palestine. Il y a des gens comme ça.
C’est beaucoup, ce qui monte en moi pour un fichier perdu.
Je le sens.
Je rabaisse mon énergie au sol.
Quand j’écris ça, il faut m’imaginer jouant à « boule de feu ».
C’est comme une énergie, ma colère, et je sais la DOMPTER. J’aime profondément la dompter.
Au sol, comme par un ordre de ma main, ma colère retombe.
Nouveau message d’Angélique : « Je continue à chercher. »
Vision de ce film où on voit le réanimateur s’acharner sur un cœur qu’on sait ne pas devoir redémarrer.
Je compatis et j’écris ce message « oh pétard. »
Elle répond : « Ben oui. Je suis dépitée. »
« Dépitée ». Elle parle et écrit bien, mon Angélique.
« Je continue de chercher », dit-elle.
Et moi, je souris du mot dépitée, absolument pleine de compassion et de tendresse pour mon amie, pour ce côté en elle qui ne lâche pas et qui est si touchant.
Elle enchaîne : « Mais je pense qu’on peut annuler ce matin. »
Moi : je mets un émoji avec une larme et lui envoie ce vocal « Sinon, on recommence, non ? C’est le lot quand on perd ce qu’on écrit, de se dire : bon OK, je réécris. Comme tu veux. Prends soin de toi surtout. La déception, ça peut brûler. »
Elle me répond : « J’ai encore espoir, là : une clé USB sur laquelle je n’arrive pas à mettre la main. »
Je vois alors un espace entre elle qui vit sa quête et moi qui l’observe.
Elle m’écrit : « Merci pour ton message, j’ai besoin d’un peu de temps, là. »
Moi : « Bien sûr. Bon, en tout cas, si tu veux reprendre, on reprend. »
Elle : « Merci, Catsou. »
Ce qui m’a surprise ici à nouveau, c’est la vitesse à laquelle ma déception est passée. Il y a quelques années, cela aurait été douloureux, pénible, long.
Ici, j’avais trouvé mon chemin de sécurité, et je me suis mise à écrire ce texte, me plongeant dans un bien-être certain.
Quand à 9 h 46, Angélique m’écrit : « Merci Catsou. », j’observe, en bonne amie de moi-même.
Je me demande : comment suis-je en train de vivre cette situation ? »
Mon aventure de cet été à Belle Hutte* m’a laissé le souvenir de mon ressenti, enfant, quand les parents des autres venaient, et pas les miens. Cette distance, ce « mindful gap » comme disent les bouddhistes me met en sécurité affective de moi à moi.
En ne me rendant pas visite, mes parents ne m’abandonnaient pas : ils ne voulaient pas créer de la peine en moi.
Ce fut un de mes pas de recul passionnants, une de mes prises de conscience de l’été sur mes croyances.
Ici, j’ai bien senti une part de moi se demander : « Vraiment ? À chaque fois qu’il y a un truc qui me tient à cœur, ça bug ? »
La réponse en moi a été immédiate et en paix : personne n’y est pour rien. Lâche. (« on ne se bat pas contre l’océan ! »)
J’ai ressenti ce que j’aime reconnaître comme cette douce et apaisante énergie de la sagesse vivante. De la sagesse profonde du Vivant en moi.
Comme si Gérard Philippe, une des incarnations de la Sagesse dans ma vie, continuait de me lire Le Petit Prince, mais avec ma vie cette fois, pas celle du narrateur de Saint-Exupéry.
Et la sagesse ici fut le constat de l’imperfection.
« Oui, la vie est imparfaite, tu le sais, Catherine, non ? »
Oui, je le sais et ça me va.
Cette imperfection de la vie et de nous, c’est l’un des enseignements de la Mindful Self-Compassion : plus vite on s’entraîne, avec bienveillance, à se dire « je n’ai pas fait exprès de faire ça, j’aurais préféré autre chose », plus vite on passe à autre chose.
Cette vitesse me fascine.
On voit bien ici le lâcher-prise sur le regret, et ce qui accélère ce lâcher-prise, c’est presque l’automatisme du : « OK, je fais quoi maintenant ? »
Qui rejoint le : « de quoi j’ai besoin, là, maintenant ? »
On voit ici le processus du cœur du vivant en neurologie : quand une cellule bug, un mouvement de curiosité se met en place immédiatement, automatiquement : « quel est le problème ? »
Suivi aussitôt de la créativité : les cellules créent tout de suite pour trouver une solution.
Ce qui ressemble ici à : « qu’est-ce que je fais ? »
Ce n’est pas moi qui ai perdu les fichiers.
Je n’ai pas eu à faire face à mes autocritiques assassines, à ma colère ou à ma tristesse liée à la perte d’un bien précieux : tout notre travail !
Mon observateur en moi se dit que j’aurais pu être plus triste.
Ce projet me tient vraiment à cœur. Oui, j’ai été déçue, mais là revient à mes oreilles le proverbe :
L’homme prévoit et Dieu rigole.
Vieux rappel de la nécessité de notre humilité, liée à notre condition humaine.
Curiosité et créativité sont au cœur du vivant.
Ici, je sens l’excitation de mes neurotransmetteurs — ou de la vie qui se vit en moi — qui a transformé ce mouvement de déception en moment de créativité et de plaisir.
On reprendra notre route, notre carnet, avec Angélique.
La fatalité ne nous aura pas : on ne lâche pas.
Que j’aime cette énergie de détermination qui me fait sourire.
J’essaie de trouver une formule pour prendre des nouvelles de mon amie, tout en délicatesse et attention, sans pitié, tournée vers la créativité. Et vous savez quoi ?
Elle-même depuis, m’a raconté que finalement, elle n’était pas si en panique qu’elle aurait pu penser l’être. Elle aussi fait de la sophrologie. Y a-t-il un lien ?
Toujours est-il qu’elle a rebondi sur une autre formule d’écriture.
Elle continue à écrire sur moi. Cela plaît profondément à tous mes égos — et aussi à ma fantaisie, à ma joie de vivre.
Merci Angélique, merci moi, merci la vie.
Ce qui m’a fasciné ici et que j’ai eu envie de vous raconter, c’est la vitesse à laquelle je suis passée de la surprise et de la déception à la légèreté et la joie de la créativité. Je vous offre mes pistes d’analyse (sophrologie, mindfulness, self-compassion, psychologie positive, neuroplasticité, etc.) qui expliquent pourquoi et comment nous nous sommes sorties si facilement de cette déception, Angélique et moi.
Ce sont des fils de sens, à tisser ensuite dans votre vie, si le cœur vous en dit !
J’observe la colère, la déception, la compassion, sans m’y fondre.
Je dis : « Je le sens. », « Je sais l’adopter. », « Je vois alors un espace entre elle qui vit sa quête et moi qui l’observe. »
C’est une posture de témoin bienveillant, cœur de la sophrologie caycédienne : j’accueille le phénomène, sans l’interpréter
« Je rabaisse mon énergie au sol. »
Je pratique ici une forme spontanée de sophro-présence : je ramène le corps à la conscience pour apaiser la montée émotionnelle.
Je passe de la tension à la détente, du « haut » au « bas », de la réaction au ressenti et au changement.
En m’observant sans jugement, je crée comme un espace de conscience qui me permet de Ré-pondre au lieu de Ré-agir.
Au lieu de m’accrocher à la perte ici, j’observe mon processus :
« Je vois alors un espace entre elle qui vit sa quête et moi qui l’observe. »
Je sens la boule de feu retomber, puis le plaisir de l’écriture émerger.
Le vécu se transforme en biochimie : il se métabolise.
C’est le mouvement même de la vie, qu’on cherche à sentir en nous.
Puis, place au libre arbitre pour moi : on peut maîtriser une colère comme le dompteur, le lion, mais sans soumission. Plus comme dans « Le Lion » de Joseph Kessel.
Dans un respect mutuel entre ce que je vis… et moi.
Je ne fais pas exprès de me dire: « L’homme prévoit et Dieu rigole. » mais à chaque fois, cela me fait rire ou sourire.
A force de placer comme intention, ma quête de joie sur cette terre, elle revient au détour de mes incidents de parcours. La quête de la Joie est au cœur du « travail » sophrologique.
Et on le retrouve en Psychologie Positive (États-Unis) : un de mes formateurs, Rick Hanson, explique que rejouer mentalement des moments positifs comme un rire partagé lors d’une conversation peut créer comme une bibliothèque de bonheur, accessible en période de stress.
Vous pouvez retrouver ce passage dans son livre « Le pouvoir des petits riens » éd. Pocket.
Je transforme une émotion qui brûle (ma colère) en chaleur du cœur (ma tendresse).
« Je souris du mot dépitée. »
En cultivant la gentillesse pour moi, elle s’applique sans effort à l’autre et je savoure, « Absolument pleine de compassion et de tendresse pour mon amie ».
La gentillesse pour soi est 1 des 3 piliers de la MSC.
Je me reconnais en tous ceux qui, comme moi, perdent des fichiers, des photos, des illusions.
Je ressens que la perte, la déception, l’imperfection font partie de la condition humaine.
« Oui, la vie est imparfaite, tu le sais, Catherine, non ? »
Se faisant, je me sens moins seule et ça me fait du bien !
C’est le principe d’Humanité Commune »chère à la self-compassion, mais aussi à la « Communication Non Violente » de Marshall Rosenberg.
Ce moment désagréable de ne pas voir mon amie et ne pas travailler à ce livre, s’est métamorphosé en un bon moment de créativité pour moi.
Et cela fait partie des choses qui me fascinent avec la sophrologie et que j’utilise souvent en rappel pour mes clients : on capte ce qui est bon pour nous, on rejette le reste !
Ma présence au corps m’a permis d’accueillir la déception sans m’y noyer.
Ma curiosité a pris la place du jugement.
Ma compassion (pour moi et pour mon amie) a désamorcé le ressentiment.
Mon humour (sans lequel je meurs !) a réintroduit la légèreté.
Ma créativité a transformé la perte en écriture.
Et ma gratitude a scellé la boucle émotionnelle, soutenue par ma pratique régulière de la sophrologie et de l’auto-compassion : que demande le peuple ? 😇
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