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Belle Hutte, Belle Lutte, récit d’une guérison d’enfance 

lac de blanchemer qui m'a aidée à guérir d'un petit trauma d'enfance

Guérir un souvenir d’enfance douloureux et avancer sereinement


Douceur de paître
Petit chemin qui me fait retrouver de bons souvenirs (dont les mistrals gagnants!)
Petit chemin qui me fait retrouver de bons souvenirs (dont les mistrals gagnants!)
Lac de « Blanche Neige »
Lac de Blanchemer (Blanche Neige) Hautes Vosges

Ce qui m’a sidérée dans cette journée, c’est la précision du corps :
mon souffle coupé au sortir d’un virage de forêt, sans prévenir, sans raison apparente, m’a montré que rien n’est vraiment oublié mais potentiellement mis en attente.

Et ce qui m’a encore plus fascinée, c’est qu’en écoutant cette panique au lieu de la fuir, j’ai trouvé non pas une plaie, mais deux clés.
La Source de ma peur irrationnelle d’être emprisonnée et la Naissance de ma capacité à me sentir chez moi partout grâce à la nature.
Deux mystères de ma vie résolus devant un petit ruisseau vif des Vosges.

Au sortir du virage, mon corps a dit Stop avant que ma tête ne comprenne quoi que ce soit : étau dans les côtes, impossibilité de respirer, quasi-grelottement par 35°C.

Selon la théorie polyvagale de Stephen Porges*, notre système nerveux autonome enregistre les expériences d’immobilisation et d’isolement et peut les rejouer des décennies plus tard avec une fidélité troublante.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une mémoire somatique qui attend d’être lue.
En me garant sur le bas-côté et en m’accordant le temps nécessaire, j’ai fait exactement ce que la sophrologie caycédienne appelle la présence au témoin bienveillant : observer ce qui se passe en soi, sans jugement, sans fuite et rester p.r.é.s.e.n.t.e.

Je suis toujours bluffée de ce que cela change.

Devant ce grand escalier, je me suis revue petite, attendant des parents qui ne venaient pas les mercredis. Je n’ai pas nié cette peine.
Je l’ai serrée dans mes bras : moi « petite », serrée contre moi adulte.
“Cette peine-là te relie à l’humain.” C’est précisément ce que Kristin Neff ** décrit dans “S’aimer – Comment se réconcilier avec soi-même” (Ed. Belfond).

Elle montre que les trois piliers de la Mindful Self-Compassion sont :
reconnaître la souffrance, se traiter comme on traiterait une amie chère, et se souvenir que cette douleur-là est universellement humaine.

En voyant le petit ruisseau, quelque chose s’est ouvert en moi : et si c’était là, dans ce cours d’eau serré contre mon cœur fracassé à 4 ans, que j’avais trouvé ma première sécurité intérieure ?
Ce que je vis encore aujourd’hui : me sentir chez moi face à la Seine ou face à un brin d’herbe entre deux pavés, est peut-être né de cette déchirure-là.

Comme une connexion qui fait que je ne me sens jamais seule. Comme un sentiment d’appartenance au monde du Vivant qui m’apaise toujours pofondément.

Comme le dit souvent Gabor Maté* dans sa formation H.E.A.L. :
« Le traumatisme, ce n’est pas ce qui vous arrive.
C’est le bouleversement interne qui fait suite à ce qui vous arrive. Et ce que l’on peut essayer d’en faire après.”

* Stephen Porges est Professeur de Psychiatrie (Université de Caroline du Nord – Etats-Unis) et Chercheur Universitaire (Université Indiana) https://www.stephenporges.com/ https://quantum-way.com/auteurs/stephen-porges/

*Kristin Neff est Professeure en psychologie de l’éducation à l’université du Texas (Austin- Etats-Unis). Elle a créé en 2009 la 1ère chaire de recherche sur le Mindfull Self-Compassion https://self-compassion.org/

*Gabor Maté est médecin ayant passé sa carrière au Canada. Son enfance hongroise subit les affres d’Auschwiz pour ses grands parents déportés et d’une enfance marquée par la guerre. Il en garde une empreinte qu’il évoque sans donner de leçons. Il a beaucoup travaillé sur la Dépendance et est un fervent défenseur de l’importance de la compassion dans le soin. https://drgabormate.com/ Film : thewisdomoftrauma.com/fr)


Je ne suis pas allée à Belle Hutte pour guérir. J’y suis allée parce que c’était sur ma route.
La vie a ses propres agendas, parfois plus malins que les miens.
Ce que j’en rapporte ?

Une petite fille consolée, une peur de cinquante ans enfin éclairée, et un ruisseau des Vosges qui m’a rappelé que je sais me sentir en sécurité chez moi partout où je pose mes bagages.

Parce que chez moi, ce fut au départ un petit ruisseau chantant auquel sans doute je me suis connectée.

Belle Lutte est redevenue “Belle Hutte” dans les Hautes Vosges.
Et j’ai jeté le sac poubelle en partant. C’est un joli symbole, non ?

J’aime cet instant de Vivance. Je ne sais pas encore tout ce qu ce chemin va m’apporter… Et je n’en mène pas large à Belle-Hutte, La Bresse (Vosges-88)