À hauteur d’enfant, à hauteur d’humain
Ce matin, je suis sortie légère, le cœur tourné vers un café avec une amie. Mais à peine un pied dehors, un cri m’a stoppée net. Un petit garçon hurlait et tout le quartier résonnait.
Ce que je vous raconte ici, c’est ce qui s’est passé ensuite. Ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti, ce que j’ai choisi de faire — et ce que ça m’a appris.
Vous verrez comment une simple présence, une parole douce, peuvent transformer un moment d’agacement en espace de lien. Et comment, sans juger, nous pouvons coréguler — et retrouver ensemble un peu de paix.

Il faisait beau quand je suis sortie ce matin dans ma rue du Château d’Eau. Direction mon bistrot pour rejoindre mon amie Isabelle. Sourire au cœur.
Je n’avais pas fait un pas dehors que j’entends des pleurs déchirants.
Déchirants à la fois pour mon cœur et mes tympans.
J’avance, l’œil et l’oreille aux aguets, comme quand je guette un bruit en forêt. Je me surprends à sourire en cherchant la source de ces pleurs stridents.
Des pleurs en morse.
Dam, dam, biiip.
Dam, dam, biiip.
Quel rythme. Comme le chant d’un écureuil.Si, si, je vous assure.
Je traverse le boulevard et là, une scène familière me revient : mon frère, moqueur, disant à ma mère que lorsque je pleure, j’ai la “voix douce et mélodieuse de Sylvie Vartan”.
(Je vous laisse deviner s’il aimait les yéyés.) Pincement au cœur.
Et là, je les vois.
La maman. L’enfant.
Le petit hurle, elle tente calmement de le poser sur le siège du vélo.
La maman ne dit rien. Je sens sa fatigue.
À côté, une petite fille silencieuse — la grande sœur sans doute. Est-elle gênée, triste, ailleurs ? Je la laisse à son mystère.
Et moi, doucement, je m’approche et m’adresse à l’enfant.
Avec la voix que mon père prenait pour calmer un animal affolé :
« Oh, mais comme tu es bon dans les aigus ! Mon frère disait que j’avais la voix douce et mélodieuse de Sylvie Vartan… »
Je souris à la maman.
Puis je regarde l’enfant dans les yeux :
« Toi aussi tu es fort. On voit bien que tu essaies de dire quelque chose à Maman… Mais on ne comprend pas bien. »
L’enfant se tait. Me regarde intensément.
La maman finit par dire :
« Il voulait prendre le parapluie. »
Ah, voilà. Tout s’éclaire. Je reprends, doucement :
« Le parapluie ! Mais bien sûr ! Il pleut… mais comment le tenir à vélo? Maman a besoin de ses mains pour le guidon. »
Je change de ton :
« Bon… Pour un parapluie à vélo, il nous faudrait Mary Poppins. Mais peut-être que tu ne la connais pas ? »
La maman :
« Si, je lui ai montré le film. »
Moi :
« Ah, chouette ! Mais Mary Poppins est très occupée aujourd’hui, tu comprends ? Alors… on va devoir faire sans parapluie. Mais ça va aller, non ? »
Toujours ce regard fixe. Silencieux. Mais apaisé.
Je le sens : il a été entendu.
La maman me remercie chaleureusement.
Je leur souhaite sincèrement :
« Bonne paix à vous tous, Madame. »
Et je repars, allégée du tumulte, avec une histoire douce à raconter à mon amie.
Il faisait beau quand je suis sortie ce matin dans ma rue du Château d’Eau. Direction mon bistrot pour rejoindre mon amie Isabelle. Sourire au cœur.
Je n’avais pas fait un pas dehors que j’entends des pleurs déchirants.
Déchirants à la fois pour mon cœur et mes tympans.
J’avance, l’œil et l’oreille aux aguets, comme quand je guette un bruit en forêt. Je me surprends à sourire en cherchant la source de ces pleurs stridents.
Des pleurs en morse.
Dam, dam, biiip.
Dam, dam, biiip.
Quel rythme. Comme le chant d’un écureuil.
Si, si, je vous assure.
Je traverse le boulevard et là, une scène familière me revient : mon frère, moqueur, disant à ma mère que lorsque je pleure, j’ai la “voix douce et mélodieuse de Sylvie Vartan”.
(Je vous laisse deviner s’il aimait les yéyés.) Pincement au cœur.
Et là, je les vois.
La maman. L’enfant.
Le petit hurle, elle tente calmement de le poser sur le siège du vélo.
La maman ne dit rien. Je sens sa fatigue.
À côté, une petite fille silencieuse — la grande sœur sans doute. Est-elle gênée, triste, ailleurs ? Je la laisse à son mystère.
Et moi, doucement, je m’approche et m’adresse à l’enfant.
Avec la voix que mon père prenait pour calmer un animal affolé :
« Oh, mais comme tu es bon dans les aigus ! Mon frère disait que j’avais la voix douce et mélodieuse de Sylvie Vartan… »
Je souris à la maman.
Puis je regarde l’enfant dans les yeux :
« Toi aussi tu es fort. On voit bien que tu essaies de dire quelque chose à Maman… Mais on ne comprend pas bien. »
L’enfant se tait. Me regarde intensément.
La maman finit par dire :
« Il voulait prendre le parapluie. »
Ah, voilà. Tout s’éclaire. Je reprends, doucement :
« Le parapluie ! Mais bien sûr ! Il pleut… mais comment le tenir à vélo? Maman a besoin de ses mains pour le guidon. »
Je change de ton :
« Bon… Pour un parapluie à vélo, il nous faudrait Mary Poppins. Mais peut-être que tu ne la connais pas ? »
La maman :
« Si, je lui ai montré le film. »
Moi :
« Ah, chouette ! Mais Mary Poppins est très occupée aujourd’hui, tu comprends ? Alors… on va devoir faire sans parapluie. Mais ça va aller, non ? »
Toujours ce regard fixe. Silencieux. Mais apaisé.
Je le sens : il a été entendu.
La maman me remercie chaleureusement.
Je leur souhaite sincèrement :
« Bonne paix à vous tous, Madame. »
Et je repars, allégée du tumulte, avec une histoire douce à raconter à mon amie.
Ce que je retiens
J’aurais pu mettre mes bouchons d’oreilles ou passer mon chemin. Mais j’ai choisi de rester présente.
Ce qui a tout changé ?
Le regard, sans jugement.
Celui qu’on apprend en sophrologie et en phénoménologie : observer le vivant sans pré-jugé. Ce regard-là offre un regard neuf, permet la surprise.
En m’abstenant de juger, j’ai trouvé en moi un espace de paix… et un choix possible.
Apporter à cet enfant, une réponse douce, humaine, incarnée.
Mon hypersensibilité m’a aidée aussi. Pas en mode “éponge”, mais comme une antenne bien réglée.
Les travaux d’Elaine Aron (source ?) montrent que les ultrasensibles ont une activité accrue des neurones miroirs — ce qui expliquerait cette empathie plus vive.
En sophrologie, on s’entraîne justement à ne pas se laisser submerger par cette perception.
On apprend à accueillir sans se confondre avec ce qu’on ressent.
C’est ce qui m’a permis de rester connectée à l’enfant, à sa maman, et à moi-même.
Et derrière tout ça, il y avait aussi ce mécanisme précieux qu’on oublie souvent : la corégulation.
La magie de la corégulation
Deb Dana, dans ses enseignements sur le système nerveux autonome (source), nous rappelle que notre premier réflexe, avant même de nous auto-réguler, est de chercher des signaux de sécurité dans notre environnement.
C’est ce que nous faisons tous, biologiquement, dès les premières semaines de notre vie : nous cherchons un autre être humain pour nous réguler.
C’est ce qui s’est passé ici.
Je crois que nous avons corégulé, cet enfant et moi.
Je l’ai entendu, calmement, sans chercher à le faire taire.
Je lui ai proposé un cadre, un peu de jeu, et de la reconnaissance.
Et j’ai aussi corégulé avec sa maman, silencieusement.
Un regard. Une présence. Une absence de jugement.
Pour finir
Ce moment n’était pas prévu. Je n’ai rien “fait” d’extraordinaire.
Mais j’étais là, disponible, sans le poids de mes jugements ni de mes urgences. Et ça a suffi.
Ce que j’en retiens ? Que la paix commence souvent par une intention simple : rester humain·e, présent·e, relié·e.
Que notre regard peut apaiser, que nos mots peuvent relier, même dans un matin bruyant, même quand tout semble crispé.
Et qu’au fond, nous avons tous le pouvoir d’offrir des espaces de sécurité affective, juste en étant là, sincèrement.
À cette maman que je ne reverrai peut-être jamais :
Merci pour ce moment partagé.
Et pour m’avoir rappelé qu’il existe mille manières d’être ensemble, sans effort, sans masque, juste vrais et gentils.